Relais-femmes

Organisme féministe de liaison et de transfert de connaissances

L'austérité n'est pas neutre, elle affecte davantage les femmes!

6 mars 2015 Nouvelles

La recherche de l'IRIS1 (Institut de recherche et d’information socio-économique) sur les mesures d’austérité et les femmes interpelle Relais-femmes. L’ampleur de la transformation du rôle de l’État québécois par le gouvernement Couillard impose une réaction.

Relais-femmes est un organisme de liaison et de transfert de connaissances en égalité hommes-femmes qui collabore depuis 35 ans avec les mouvements communautaires et des femmes et le milieu de la recherche. Cette position privilégiée nous permet d’affirmer que les décisions politiques et économiques ne sont pas neutres, au sens où une même action gouvernementale peut avoir des conséquences différentes pour l’un et l’autre sexe.

La perspective néolibérale a plus que jamais pour effet d’ajuster notre vivre ensemble aux principes de la logique marchande suivant laquelle l’efficacité ne se mesure qu’en termes de rentabilité économique. Au nom de cette vision caricaturale de l’équité, on affirme désormais qu’un service public ne profite uniquement qu’à la personne qui en bénéficie, voulant du même coup que celles qui n’en profitent pas n’y contribuent pas financièrement.

Lorsqu’il est question de planification économique, l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe rarement retenu. Le ministre des finances Carlos Leitão a affirmé en commission parlementaire sur les finances publiques le 10 février dernier que les mesures présentées par son gouvernement pour revenir à l’équilibre budgétaire étaient neutres, technocratiques et sans effet particulier sur les femmes. Cette attitude n’est pas nouvelle. Dans le contexte actuel d’austérité et de suprématie du discours économique néolibéral, la question de l’égalité est systématiquement écartée par le gouvernement, sous prétexte que ce dernier s’occupe d’abord de l’urgence que serait l’équilibre budgétaire.

Le 2 mars, l’IRIS publiait une étude sur les mesures contenues dans les budgets du gouvernement du Québec après la crise de 2008, montrant leurs effets différenciés sur les hommes et les femmes.  «Si l’on peut expliquer en partie la stratégie de relance du gouvernement par le fait que la crise économique ait davantage frappé les hommes, la différence importante de portée des mesures d’austérité est plus difficile à comprendre». De fait, les hommes ont été beaucoup plus favorisés par la relance économique grâce, par exemple, aux projets d’infrastructures qui offrent des emplois traditionnellement masculins. Cependant, les femmes sont plus durement touchées par les mesures d’austérité, notamment par les coupures effectuées dans les services publics où elles sont majoritaires à travailler.

Respecter ses engagements en matière d’égalité

Nous partageons l’hypothèse de l’IRIS. Une analyse différenciée selon les sexes (ADS), menée en amont des décisions budgétaires, aurait pu éviter ces nouvelles disparités. En effet, l’ADS permet de prendre en compte les impacts spécifiques sur les femmes et sur les hommes d’un projet ou d’une politique, et ce, de son élaboration à son évaluation. Dans l’objectif d’établir une plus grande égalité, on pose dès le départ des questions telles que : «Le projet touche-t-il les femmes et les hommes de la même façon? A-t-il des effets inégaux, crée-t-il des obstacles pour l’un ou l’autre sexe?».

Dans cette optique, le gouvernement libéral affirmait en 2007 sa volonté de mettre en place les mécanismes nécessaires à l’atteinte de l’égalité des sexes en adoptant la politique «Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait». Toutes les structures gouvernementales devaient utiliser l’ADS dans la préparation et l’évaluation de leurs actions touchant la population. Cependant, le gouvernement n’a pas donné les moyens à ses fonctionnaires de mettre en place cette pratique et les données sont encore très partielles, voire inexistantes dans certains ministères et sociétés d’État.

Miser sur l’égalité tout en réduisant l’endettement public est possible

Le refus actuel du gouvernement de se préoccuper de l’impact différencié de politiques publiques sur les femmes et les hommes n’aidera certainement pas le Québec à améliorer sa situation économique. Les décisions budgétaires ne sont pas neutres et peuvent avoir un effet différent sur les femmes et sur les hommes. Une approche économique nouvelle, qui ait pour objectif l’égalité des sexes, profiterait à l’ensemble de la société en plus d’améliorer la situation des femmes sur une base individuelle. Miser sur l’égalité tout en réduisant l’endettement public est possible et le Québec, à l’instar d’autres pays, en est capable. Cela exige cependant un changement de paradigme afin que l’égalité ne soit plus considérée comme un obstacle à la prospérité, mais plutôt comme un vecteur de développement économique et social.

Les membres du conseil d’administration et de l’équipe de Relais-femmes

 

1http://iris-recherche.qc.ca/publications/austerite-femmes

 

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