Pour reprendre la discussion là où on l’a laissée, je vais partir d’une anecdote que raconte Kimberlé Creenshaw, une juriste afro-américaine, théoricienne de l’intersectionalité, et qui démontre le besoin de revoir la jonction genre, race, ethnie, du point de vue de l’analyse féministe. Elle raconte que, jeune professeure, à Harvard, elle faisait partie d’un groupe de collègues afro-américains qui se voyaient régulièrement. Et voilà qu’un de ces collègues, qui venait d’être admis dans un club social très sélect où il n’y avait jusque là que des Blancs, une première donc puisqu’il était le premier Afro-américain à en devenir membre, les invite à l’y joindre. Il se présente là en leur compagnie mais avant de les laisser entrer, le concierge leur demande d’attendre un instant et le prend à part. Quand il revient, l’air dépité, les collègues masculins sont déjà prêts à monter sur leurs grands chevaux : « Ah tu ne peux pas entrer avec nous, c’est ça, dis-le? ». Très embarrassé, il s’empresse de leur répondre : « Non, non, c’est parfait, mais Kimberlé ne peut pas entrer avec nous. Les femmes peuvent rentrer, mais seulement si elles passent par la porte arrière. Il y a des sections uniquement réservées aux membres masculins. ». Et les collègues de soupirer, manifestement soulagés et à peine ennuyés de ce que leur collègue féminine doive, elle, passer par une porte de service! Comme si le racisme n’avait qu’un sexe!